lundi 1 septembre 2014

« Moi » est une « chose »

           Dernièrement est remonté un souvenir : j'ai 11 ans et parle avec une voisine qui en a 13 et me paraît plutôt bizarre dans son comportement. Je la regarde et me demande : « Si j'étais elle, serai-je elle telle qu'elle est ou serai-je moi dans son corps ? ». On se pose de drôles de questions à 11 ans...

           Bon, depuis que l'idée d'être une personne a fondu, la réponse a surgi : il faut parfois du temps pour répondre à des questions si enfantines. Cependant a émergé une autre question : « Qu'est-ce qui a fait que l'idée d'être quelqu'un a pu survivre face à la radicalité du vide ? », qu'est-ce qui lui donne cette « force » et qu'est-ce qui la nourrit?

             On pourrait se contenter de dire : la force de l'habitude, l'addiction au « je », les conditionnements collectifs. Oui, bon, mais tout de même on se défait facilement des habitudes et conditionnements dès qu'on en voit la nocivité, le caractère illusoire, etc. Et puis d'une manière générale, si quelque chose existe c'est qu'il a sa place dans le tableau, qu'en quelque sorte il est « né » au sein de la création.

           En y regardant de plus près, en restant avec cette impression « moi » et en la laissant dire ce qu'elle avait a dire, est apparu son message: moi est la chose vers laquelle pointe les paroles, ou les doigts qui la désigne. Chaque fois fois que les mots ou les gestes pointaient dans la direction du vide que nous sommes, ils semblaient désigner une chose.

Mais quelle chose ?
De quoi parle-t-on ? De ce corps ?
Un petit coup d’œil dans la glace : « Serait-ce de cela qu'il s'agit ? ».
De ces comportements ?
Serait-ce de cela dont on parle ?

           Et petit à petit la chose pointée semble prendre forme avec tout un tas de questions aussi impertinentes que celle posée à 11 ans. Puisque tout le monde pointe vers quelque chose c'est qu'il y a ici autre chose que le vide vécu, il va falloir le fabriquer à grand coups de pinceaux hâtivement tracés, d'images mentales floues mais cela fera l'affaire : si il doit y avoir quelque choses ici, voilà c'est fait, le vide n'est plus vide, il est chosifié!

         Il ne reste plus désormais qu'à tenter de prouver que le quelque chose en question est quelqu'un et le tour sera joué. Bonne chance !

       Mais nous pouvons aussi arrêter de nous "chosifier", parce que, franchement, sommes-nous une chose? 

Christine

4 commentaires:

  1. Pas mal cette démonstration je dirais même presque magnifique, il n'y a pas d'erreur dans ce texte.

    Et pourtant, j'ai pointé le mot "chose" dont le synonyme à tort serait le mot "objet", l'objet à qui l'on prête des formes tant qu'on le définit comme étant "inanimé".

    Le "moi est une chose" n'écarte pas la dimension du vivant, de l'Etre et montre comment le "moi" produit du mensonge par la peur du vide.

    "la radicalité du vide" est une expression intéressante, associer ces deux mots généralement très mal employés dans le langage courant y compris dans les actes montre clairement que la seule pression que nous ayons à vivre (et non "à subir" et "à faire subir") est du "Tout et du rien", du vide. Mais comme nous avons appris la peur de tomber, concept ancré, il faut apprendre "à nager le vide", 'à l'inverse de la chute, il permet aussi l'envolée.

    La radicalité du vide, j'ai bien envie de sourire tient :)))

    Les deux derniers phrases du textes posent des questions qui pourraient faire émerger deux autres compréhensions relatives. La première serait cessons la culpabilité pour la responsabilité en sachant qu'il est impossible d'être reconnu responsable dans le sens de coupable (irresponsable). Cette contradiction génère du conflit.

    La deuxième serait de rendre son humanité à "la chose" afin qu'elle devienne une personne sans omettre son éphémèrité.

    Merci Christine, votre texte est une sorte vision réparatrice du système défaillant qui nous minent.

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  2. Christine merci pour cette réflexion, cela ressemble à de la potentialité créatrice ; elle attend peut être son heure de gloire pour se libérer de l’emprise des effets de cohérence de cette fameuse bouillie sensorielle.
    Ce raisonnement qui veut toujours réactualiser du sens, mais qui n’adhère pas quand même aux parois du déterminisme, il glisse comme de la bave d’escargot sur la surface visqueuse des limites de sa compréhension, elle se consume comme de l’herbe sèche à la merci d’un mégot, où d’une pensée.
    mais maintenant, je connais un peu cette petite fille d’un temps qui ne nous quitte pas, et qui se dévoile tel un reflet de miroir qu’on n’aperçoit pas du regard.

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  3. Oh ! j'ai le même souvenir que toi Christine, vers 9, 10ans ! ♥♥♥ et je me souviens que la réponse avait été : si j'étais à sa place je serai tout pareil que lui, je serai lui en train de dire les mêmes bêtises ♥♥♥

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